Le grand paradoxe de Litha : Et si le véritable enseignement de Litha était d'apprendre à ouvrir les mains ?
- rebecca DEGEETERE

- 10 juin
- 5 min de lecture
Lorsque nous évoquons le Solstice d'été, nous parlons souvent de lumière, d'abondance, de rayonnement, de maturité et de célébration. Nous regardons les longues journées baignées de soleil, les jardins débordants de fleurs, les arbres chargés de leur feuillage et cette impression que la nature tout entière semble avoir atteint une forme d'accomplissement. Tout autour de nous semble nous raconter une histoire de croissance réussie, une histoire dans laquelle la vie aurait finalement atteint son apogée après les efforts silencieux de l'hiver et l'élan créateur du printemps.
Pourtant, plus j'observe les saisons, plus j'ai la sensation que le véritable enseignement de Litha ne se trouve pas uniquement dans la lumière. Il se trouve peut-être dans ce qui commence à apparaître derrière elle. Il se trouve dans ce mouvement presque invisible que la plupart des regards ne remarquent pas. Il se trouve dans cette vérité discrète que les anciens connaissaient parfaitement et que notre époque moderne semble avoir largement oubliée : au moment même où la lumière atteint son sommet, elle commence déjà à s'éloigner.
Je trouve cette réalité profondément bouleversante parce qu'elle raconte quelque chose de très intime sur notre manière de vivre. Nous passons souvent notre existence à vouloir atteindre certains sommets. Nous poursuivons des projets, des rêves, des objectifs ou des aspirations en imaginant qu'une fois arrivées à destination, nous pourrons enfin nous reposer, être en paix ou nous sentir complètes. Nous imaginons parfois que le bonheur se trouve dans ce point précis du futur où tout sera enfin aligné, où tout sera enfin accompli et où nous n'aurons plus besoin de chercher davantage.
Et pourtant, la vie nous montre sans cesse que les sommets ne sont jamais des lieux où l'on demeure. Ils sont des lieux de passage, des lieux de contemplation, des lieux à partir desquels un nouveau paysage devient visible. Mais ils ne sont jamais une destination définitive.
Le Solstice nous rappelle cela avec une infinie douceur. Il nous rappelle que même le Soleil, dans toute sa puissance, n'essaie pas de rester éternellement au sommet du ciel. Il ne lutte pas contre le mouvement des saisons. Il ne cherche pas à retenir sa propre lumière. Il accomplit simplement ce qu'il est venu accomplir avant de poursuivre son voyage.
Et je me demande souvent à quel point nos souffrances humaines sont liées à notre difficulté à accepter cette sagesse. Car nous avons appris à nous attacher.
Nous nous attachons aux personnes qui nous aiment.
Nous nous attachons aux lieux qui nous ont accueillis.
Nous nous attachons aux périodes heureuses de notre existence.
Nous nous attachons aux rêves que nous avons construits.
Nous nous attachons parfois même à certaines blessures parce qu'elles sont devenues une partie de notre histoire.
Et lorsque la vie commence à transformer ces attachements, nous ressentons souvent de la peur.
Une peur qui n'est pas nécessairement liée à ce que nous perdons, mais à l'inconnu qui se présente devant nous.
Parce qu'il existe une part de nous qui préférerait parfois rester dans un paysage familier plutôt que d'avancer vers un territoire encore inexploré.
Le Solstice nous place exactement à cet endroit. Il nous place entre ce qui a déjà porté ses fruits et ce qui n'est pas encore visible. Il nous place entre la gratitude pour ce qui a été vécu et la confiance nécessaire pour accueillir ce qui vient.
Il nous place dans cet espace fragile où quelque chose s'achève doucement alors qu'autre chose se prépare déjà dans l'invisible.
Et je crois que c'est précisément pour cette raison que cette fête possède une dimension profondément initiatique.
Car il est relativement facile d'accueillir ce qui commence. Il est relativement facile de se réjouir lorsqu'une nouvelle histoire débute, lorsqu'un projet naît ou lorsqu'un rêve prend forme. Mais il est beaucoup plus difficile d'honorer ce qui arrive à maturité. Il est beaucoup plus difficile de reconnaître qu'une étape a accompli sa mission.
Il est beaucoup plus difficile de remercier ce qui a été sans chercher à le retenir.
Pourtant, lorsque nous observons la nature, nous découvrons que toute sa sagesse repose précisément sur cette capacité à laisser circuler la vie.
L'arbre ne s'accroche pas à ses fleurs. Il ne tente pas de retenir ses fruits.
Il ne lutte pas contre l'automne lorsqu'il approche. Il accepte que chaque étape possède sa beauté et sa fonction.
Et parce qu'il accepte ce mouvement, il peut continuer à vivre.
Je crois que beaucoup de nos épuisements naissent de notre résistance à ce qui cherche déjà à changer.
Nous continuons parfois à porter des rôles qui ne nous correspondent plus.
Nous continuons à poursuivre certains objectifs alors que notre âme aspire à autre chose.
Nous continuons à nous définir à travers d'anciennes versions de nous-mêmes qui ont pourtant déjà accompli leur mission.
Nous continuons à maintenir en vie certaines structures simplement parce qu'elles nous rassurent.
Et pendant ce temps-là, une autre partie de nous attend patiemment que nous soyons prêtes à ouvrir les mains.
Car le détachement dont parle Litha n'est pas un abandon.
Il n'est pas une perte.
Il n'est pas une rupture avec ce que nous avons aimé.
Il est au contraire une forme très profonde de gratitude.
Il consiste à regarder une expérience, une relation, une étape ou une version de soi-même et à dire :
« Merci pour tout ce que tu m'as apporté. Merci pour ce que tu m'as appris. Merci pour la personne que je suis devenue grâce à toi. »
Puis à permettre à la vie de poursuivre son mouvement. Simplement avec la conscience que tout ce qui vit est appelé à évoluer.
Et lorsque nous commençons à comprendre cela, quelque chose se détend profondément à l'intérieur de nous.
Nous cessons progressivement de vouloir contrôler le cours des saisons.
Nous cessons de croire que chaque changement est une menace.
Nous cessons de considérer les fins comme des échecs.
Nous découvrons peu à peu qu'une fin est parfois simplement le signe qu'un cycle est arrivé à maturité.
Comme un fruit qui tombe de l'arbre lorsqu'il est prêt. Comme le Soleil qui amorce son retour après avoir illuminé le monde de toute sa présence. Comme une fleur qui offre ses pétales au vent après avoir exprimé toute sa beauté.
Alors aujourd'hui, alors que nous traversons cette période du Solstice, je vous invite à prendre un moment de silence pour vous demander ce qui, dans votre vie, est arrivé à maturité.
Je vous invite à regarder non pas ce qui manque, mais ce qui a déjà porté ses fruits.
Je vous invite à observer ce que vous continuez peut-être à retenir alors que la vie vous demande doucement de lui faire confiance.
Et surtout, je vous invite à vous souvenir que le véritable enseignement de Litha n'est peut-être pas d'apprendre à accueillir la lumière lorsqu'elle arrive.
Le véritable enseignement de Litha est peut-être d'apprendre à aimer suffisamment la lumière pour ne pas chercher à la posséder.
Car lorsque nous cessons de vouloir retenir ce qui doit partir, lorsque nous cessons de craindre ce qui approche et lorsque nous acceptons enfin que la vie soit un mouvement plutôt qu'un état permanent, nous découvrons une forme de paix que rien ne peut véritablement nous enlever.
Une paix semblable à celle du Soleil au soir du Solstice.
Une paix qui rayonne sans effort.
Une paix qui sait que chaque fin prépare déjà un nouveau commencement.
Une paix qui fait confiance à la sagesse éternelle des saisons.
Rebecca

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